Baptiste L., chef de projet, DHI, Nantes
Peux-tu nous raconter ton parcours d'étude ?
J’ai suivi un parcours universitaire plutôt atypique, ce qui m’a offert une richesse d’expériences et de perspectives. J’ai commencé par une classe préparatoire littéraire avec l’objectif d’intégrer Sciences Po, mais j’ai rapidement réalisé que cette voie ne me correspondait pas. J’ai alors obtenu des équivalences pour poursuivre en licence d’Histoire-Géographie à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, où j’ai découvert la géographie physique et plus particulièrement la géographie des littoraux. Ce domaine m’a immédiatement passionné et j’ai décidé de m’y engager pleinement.
Dans le cadre de ma licence, j’ai eu l’opportunité de réaliser un échange Erasmus à la faculté des géosciences de l’université d’Utrecht. C’est là que j’ai commencé à apprendre la modélisation des processus côtiers, une compétence que j’ai pu appliquer concrètement lors d’un stage de recherche au Laboratoire de Géographie Physique de Meudon. J’y ai travaillé sur la modélisation de la tempête Klaus dans le bassin d’Arcachon, une expérience particulièrement enrichissante.
Mon intérêt pour les risques côtiers s’est renforcé avec le passage de la tempête Xynthia en France. Cet événement a mis en lumière notre vulnérabilité face aux aléas littoraux ainsi que le manque de connaissances sur ces phénomènes. Souhaitant contribuer à une meilleure compréhension de ces enjeux, j’ai poursuivi dans cette spécialité en intégrant le Master 2 GER de l’IGARUN.
Après un stage en bureau d’études portant sur la modélisation des risques littoraux dans divers projets (PPRL, EDD, etc.), j’ai eu l’opportunité de retourner à la recherche en débutant une thèse au laboratoire LETG. Mes travaux ont porté sur les dynamiques hydro-sédimentaires du goulet de Fromentine, de la baie de Bourgneuf et des plages adjacentes, à partir d’analyse de données récoltées sur le terrain et la mise en place d’un modèle numérique.
Quelle fonction occupes-tu aujourd'hui ?
Je suis chef de projet au sein du bureau d’études DHI à Nantes, l’antenne française d’un groupe international danois spécialisé dans le domaine de l’eau. DHI apporte à la fois une expertise sur les défis environnementaux tels que le changement climatique et la résilience des territoires et développe également des outils numériques pour y faire face, notamment des modèles numériques comme MIKE que j’utilise quotidiennement.
Au sein de l’équipe française Marine & Coastal, je suis en charge de la gestion et de la réalisation des projets pour lesquels notre expertise est sollicitée, en particulier dans le domaine des processus hydro-sédimentaires. Concrètement, mon travail consiste à analyser des données d’observation de la Terre (images satellites, relevés drone, etc.) pour retracer l’évolution des littoraux. J’utilise ensuite la modélisation numérique pour comprendre ces dynamiques passées et prévoir leur évolution future, en intégrant les effets du changement climatique, notamment l’élévation du niveau de la mer et les évolutions du climat de vagues.
Mon rôle est à la fois technique et stratégique. Je travaille en équipe et je pilote des projets en mobilisant différentes expertises. J’assure non seulement la production technique, mais aussi la gestion administrative et financière des projets. Par ailleurs, j’entretiens une relation directe avec nos clients, aussi bien dans le cadre du suivi des projets que lors des phases de développement commercial.
Qu'est-ce qui te plaît dans ce métier ?
Il y a un côté très stimulant sur le plan technique. L’innovation est omniprésente : on travaille avec des modèles numériques toujours plus performants, l’intelligence artificielle commence à s’intégrer dans nos outils et les capacités de calcul ne cessent de progresser. Tout cela ouvre énormément de nouvelles possibilités et nous permet d’explorer sans cesse de nouvelles méthodes. Lorsque l'on est un peu geek et passionné par les processus côtiers, c’est un métier dans lequel on peut vraiment s’épanouir.
Mais ce que j’apprécie le plus, c’est que cela ne reste pas juste théorique ou technique. Mon travail me permet de découvrir des littoraux très variés, parfois même exotiques, d’en comprendre le fonctionnement et d’apporter des réponses à des enjeux locaux parfois cruciaux en lien avec le défi global du changement climatique.
En tant que surfeur, c’est un énorme bonus ! Pouvoir étudier la dynamique des vagues, comprendre comment elles évoluent selon les côtes, les marées ou les tempêtes… c’est autant d’infos qui rendent mon métier encore plus passionnant. Et forcément, ça me pousse à m’intéresser aux vagues du monde entier, ce qui ajoute une dimension vraiment fun et personnelle à mon travail.
Avec le recul, comment vois-tu ta formation universitaire ?
Ce que j’ai vraiment apprécié dans mon parcours universitaire, c’est la liberté qu’il offre. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, on n’est pas obligé de suivre une voie toute tracée : on peut créer son propre chemin et éviter de rentrer dans un moule.
J’ai pu profiter des passerelles entre différentes formations pour faire un grand écart assez inattendu, en passant d’un cursus généraliste en lettres (qui, encore aujourd’hui, m’apporte énormément dans mon métier) à un doctorat sur les processus physiques qui façonnent l’évolution des littoraux. Cette flexibilité m’a permis d’explorer plusieurs disciplines, de trouver ce qui me passionnait vraiment, et surtout, d’en faire mon métier aujourd’hui.